Denis, pouvez-vous vous présenter et nous raconter comment vous êtes devenu piroguier sur le Maroni, puis fondateur de LIBAMANTOUR, dans cette logique d’« entreprendre en Guyane au fil de l’eau » ?
Bonjour,je suis venu m'installer en Guyane, à St Jean du Maroni en 2001, après être venu deux ou trois fois en vacances.Mes indemnités de licenciement m'ont permis d'acheter une pirogue et un moteur,donc je me suis lancé, décidé à devenir le premier piroguier blanc, formé sur le tas par mes amis N'Djukas.
Quand vous concevez une excursion sur le Maroni, le Tapanahoni ou le Lawa, comment articulez-vous les trois dimensions qui structurent votre activité : le transport traditionnel en pirogue, la découverte du fleuve et la mise en valeur des cultures bushinengé et amérindiennes ?
Oui, bien sûr,il ne s'agit pas de visiter les villages comme un zoo mais d'emmener mes passagers à s'interroger aux cultures locales et d'échanger avec les habitants..Je fais escale chez des amis qui sont une deuxième famille pour moi.
Entre contraintes administratives, sécurité sur le fleuve, saisonnalité et éloignement des marchés, quels sont les principaux défis concrets auxquels vous faites face comme entrepreneur fluvial à Saint-Jean-du-Maroni, et comment y répondez-vous au quotidien ?
Libamantour est une toute petite structure sous régime d'association 1901.Je ne prends jamais le moindre risque avec mes passagers,je leur fourni des gilets en bon état et nous les faisons passer les sauts à pied si nous estimons que c'est dangereux.
Votre association LIBAMANTOUR défend la fabrication traditionnelle des pirogues et la transmission des savoir-faire de navigation : comment conciliez-vous cette dimension patrimoniale avec les attentes d’un tourisme organisé (assurances, normes, plateformes de réservation comme Guyane Amazonie, guides type Petit Futé) ?
Les pirogues traditionnelles sont très sures et parfaitement adaptées à la navigation sur le Maroni, contrairement aux coques alu.Une pirogue en bois ne peut pas chavirer en eau libre et ne coule jamais au fond.Je fonctionne très peu avec les tours opérateurs et offices de tourisme,ma clientèle vient surtout par le bouche à oreille..
Vous emmenez parfois des visiteurs sur plusieurs jours, jusqu’à deux semaines : en quoi ces expéditions longues transforment-elles le regard des gens sur le fleuve, sur les villages du Maroni et, plus largement, sur la réalité de l’économie « au fil de l’eau » en Guyane ?
Les personnes qui ont l'occasion de voyager sur le fleuve se rendent compte qu'il s'agit d'un pays en lui même, différent de la Guyane et du Surinam.Ils voient la réalité du transport fluvial en pirogue et oublient certains clichés.
À moyen et long terme, comment voyez-vous évoluer le tourisme fluvial et le métier de piroguier sur le Maroni, notamment face aux enjeux environnementaux, au développement des infrastructures et aux possibles changements de réglementation frontalière avec le Suriname ?
Je pense que le tourisme vert va finir par se développer.Les Saramaca sont très forts et ont établi de belles structures, dans le respect de l'environnement, sur la Surinam River, domage que la Guyane, reste à la traîne loin derrière comme dans beaucoup de domaines.Aprés,moi je ne représente qu'une minuscule structure dont je refuse de faire une usine,une machine à fric.Un ami avait dit que j'avais créé le personnage du Libaman (Liba=fleuve,et les N'Djukas m'ont rebaptisés Libaman) comme un prétexte pour faire ce que j'aime et il avait raison.Ma première motivation n'est pas l'argent, surtout que maintenant je touche une petite retraite, mais j'ai grand plaisir à rencontrer des gens et leur faire découvrir nôtre merveilleuse région.
Quel message ou conseil aimeriez-vous adresser à une personne qui rêve de créer une activité en lien avec le fleuve en Guyane — qu’il s’agisse de tourisme, de transport ou de projets culturels — mais n’ose pas encore se lancer ?
De se plonger, comme je l'ai fait, dans l'univers Bushinengué et Amérindien.